Trop, c’est trop
Je viens consoler Rodrigue Pailhès, qui semble toujours se croire personnellement persécuté par la ville de Rennes.
Je lui rappellerai simplement que, lorsqu’il a commencé à chanter dans la rue, en 1993, le séjour des musiciens et baladins n’était permis que sur « le plateau piétonnier » composé précisément des « rues Le Bastard, d’Estrées, d’Orléans, de Toulouse, Lafayette, Nationale, Pont-aux-Foulons, Saint-Georges, Vasselot et la Place de la Mairie ». Il était même formellement interdit de se produire « au carrefour (et à ses abords immédiats) formé par les rues d’Estrées, Le Bastard, Nationale et La Fayette » (voir ici l’arrêté municipal en vigueur à l’époque).
Loin de s’être rétréci, le « terrain de jeu » s’est donc considérablement étendu au cours des 30 dernières années pour couvrir aujourd’hui l’ensemble du « centre-ville », tel que défini par les arrêtés municipaux de 2002 (clic) et 2026 (clic).
Rodrigue Pailhès devrait également se souvenir qu’à ses débuts, il était loin de pouvoir chanter de 10h00 à 19h00 absolument tous les jours de l’année, puisque les plages horaires autorisées jusqu’en 2002 représentaient environ trois fois moins de temps qu’aujourd’hui :
J’avoue avoir du mal à suivre Rodrigue Pailhès lorsqu’il affirme, pour contester le dernier arrêté municipal concernant les prestations des artistes de rue, que : « Le concept de liberté individuelle, portée par les classes privilégiées de notre société, ne défend pas le principe de liberté mais celui de pouvoir. Pouvoir que cette classe compte bien utiliser pour garder ses privilèges au détriment de notre liberté. »
Car il n’est pas le dernier à revendiquer pour lui-même ces précieuses libertés individuelles fondamentales que sont la liberté de conscience, la liberté d’expression ou encore la liberté d’aller et venir.
Tout serait sans doute plus simple s’il voulait bien admettre que la liberté des uns (à commencer par la sienne) s’arrête là où commence la liberté des autres et que cette nécessaire conciliation fonde précisément la légitimité de la puissance publique dans un État de droit.
J’observe enfin que, depuis la vente en 2020 de son bar appelé « La quincaillerie générale », Rodrigue Pailhès cherche à exercer son activité à plein temps dans l’espace public et, naturellement, aux endroits les plus fréquentés. Il invoque pour cela le fait qu’il s’agit de son « métier » et qu’il « ne peut pas imaginer faire autre chose » (sic).
Et tout cela, drapé dans sa vertu… même si – en l’état de mes informations – il n’est pas inscrit au registre du commerce, il ne verse pas de cotisations sociales, il ne règle pas de droits à la SACEM, il ne paie pas de taxe foncière, il échappe à tout impôt sur les sociétés et très possiblement sur quoi que ce soit.
Une drôle de conception de la solidarité quand on prétend vouloir sanctifier le collectif !…
Au total, je trouve bien dommage qu’un sympathique porteur d’une sympathique initiative en soit progressivement venu à s’enfermer dans son monde à lui, à ce point qu’il faille formellement lui rappeler que toute activité s’exerce dans un cadre commun et qu’aucune activité ne peut prétendre s’affranchir durablement des règles qui s’imposent à tous.
A commencer par le respect de la tranquillité publique.

