Comme dans la fable

Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux ce 6 mai 2026, Thomas Rousseau – président du parti « Rennes à droite ! » – dénonce ce qu’il présente comme une « hausse des subventions pour les sportifs non binaire[s] à Rennes » (on lui pardonnera au passage un accord approximatif).

Selon lui : « Nathalie Appéré et ses amis organisent un système discriminant depuis septembre 2023. »

Il affirme ensuite que des personnes non-binaires pourraient « toucher plus de subventions » grâce à une grille de notation mise en place par la Ville de Rennes.

Petit détail factuel qu’il n’est sans doute pas inutile de rappeler : les subventions publiques ne sont évidemment pas versées individuellement à des sportifs ou sportives non-binaires, mais aux associations sportives concernées. La nuance n’est pas négligeable… surtout lorsqu’on prétend défendre la rigueur républicaine. 😉

Une confusion sur le fonctionnement des collectivités

Thomas Rousseau explique également que ce système aurait été « mis en place par les élus de l’extrême gauche à Rennes alliés à Madame Appéré ».

Là encore, la formulation mérite d’être corrigée.

Une décision adoptée par le conseil municipal est mise en œuvre par l’exécutif de la collectivité, c’est-à-dire par la maire et son équipe municipale. En l’occurrence, si la délibération a bien été votée le 18 septembre 2023 par une majorité politique (dans laquelle il n’y avait d’ailleurs pas de membres de l’extrême gauche), sa mise en application relève juridiquement de l’exécutif municipal.

Ce n’est pas qu’un détail technique : lorsqu’on ambitionne d’incarner une alternative politique locale, maîtriser un minimum le fonctionnement institutionnel est à mon avis préférable. 😂

Qui est ce « nous » ?

Mais le passage le plus étonnant de son intervention reste sans doute celui-ci : « Nous statuons pour porter un recours au Conseil d’État. »

Cette formule soulève une question simple : qui, exactement, peut encore former un pourvoi en cassation après avoir déjà été débouté en première instance puis en appel ?

Contrairement à la communication de Thomas Rousseau, la situation juridique est très précise.

Des recours distincts

En réalité, deux recours avaient été déposés devant le tribunal administratif de Rennes :

  • un premier recours porté par l’association nationale « Juristes pour l’enfance », proche des milieux conservateurs de « La Manif pour tous », accompagné de huit personnes physiques ;
  • un second recours porté par l’association rennaise « Alter égaux », créée la veille du dépôt de la requête par trois militants liés à « Debout la France », dont un ancien candidat de la liste « L’Espoir rennais », accompagné d’un particulier.

L’un et l’autre ont été rejetés par le tribunal administratif.

Seul le premier dossier – celui de « Juristes pour l’enfance » – a ensuite été porté devant la cour administrative d’appel de Nantes. Et là encore, les requérants ont été déboutés.

Autrement dit, l’éventuel pourvoi en cassation devant le Conseil d’État ne pourrait être formé que par les parties à cette procédure : l’association « Juristes pour l’enfance » et, éventuellement, les personnes physiques associées à ce recours.

Pas par « la droite rennaise » dans son ensemble. Pas non plus par « Rennes à droite » qui est un mouvement politique local qui n’était manifestement pas partie à l’instance.

Une appropriation opportuniste ?

Dès lors, difficile de ne pas voir dans l’intervention de Thomas Rousseau une tentative de récupération politique destinée à donner l’impression d’un vaste combat mené par le parti « Rennes à droite ! » dont il s’est auto-désigné président.

Une stratégie de communication qui évoque un peu la célèbre fable de La Fontaine : celle de la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf. 🤡

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