Bachelier m’a tuer

Vous n’ignorez pas la profonde amitié qui liait autrefois Mustapha Laabid et Florian Bachelier.

Et vous n’avez certainement pas oublié qu’avec Carole Gandon, Florian Bachelier était même allé jusqu’à soutenir ostensiblement son ami Mouss au tribunal quand celui-ci avait malheureusement dû s’y présenter.

Pour ne pas abuser du droit de citation d’extraits d’une œuvre protégée par le droit d’auteur, je m’en tiens à partager ci-dessous 3 petits passages (seulement) du monument d’autosatisfaction que  Mustapha Laabid vient de publier aux éditions Maïa sous le titre « Macron m’a tuer » (316 pages en version numérique, sur lesquelles je reviendrai sans doute).

« Dans le hall, une surprise de taille m’attendait, de celles qui vous glacent le sang au lieu de vous réchauffer le cœur : Florian Bachelier, premier questeur de l’Assemblée, et sa compagne Carole Gandon, figure de proue d’une ambition insatiable, éternelle candidate malheureuse à toutes les élections. Ils s’étaient déplacés en voisins, presque en badauds, habitant à peine à une centaine de mètres de ce tribunal.

Mais que venaient-ils chercher dans ce moment de disgrâce ?

En déposant un baiser sur leurs joues, un malaise profond, viscéral, s’insinua sous ma peau. Je savais, avec une lucidité amère, que la présence de ces deux figures politiques outrancièrement clivantes, adversaires déclarés de toute la baronnie locale, agirait comme un poison sur l’esprit des juges. Pour moi, leur silhouette dans ce couloir ne criait pas la solidarité, elle suggérait la provocation. Je craignais que le tribunal n’y voie une tentative de pression dans ce sanctuaire de la justice indépendante. Leur présence, loin de m’honorer, dessinait sur mon dos une cible politique que je n’avais pas choisie. »

…/…

« Le « Démerde-toi » de Richard Ferrand en 2017 n’avait pas été qu’une fin de non-recevoir ; c’était un scalpel qui tranchait les liens de loyauté. Pour cet homme, pur produit des appareils, capable de passer de la fronde socialiste à la discipline féroce du « Nouveau Monde », la fraternité était un concept de meeting. Il est piquant de recevoir des leçons d’un homme empêtré dans des affaires d’un tout autre niveau que le mien. Il n’était pas un meneur d’hommes, il était un médiocre de cour.

La manœuvre la plus sournoise vint de mon voisin de circonscription, l’aristocrate de la Vertu, Florian Bachelier. Dans les couloirs, on l’appelait « Bachelier 1er ». Il ne respirait que par son titre de Premier Questeur, porté comme un sceptre. Il y avait quelque chose d’obscène à l’écouter donner des leçons de morale depuis les 400 mètres carrés de son appartement de fonction, escorté H24 par un chauffeur. C’était la vertu en soie, servie sur un plateau d’argent. Pour lui, j’étais la tache sur le tapis rouge. Il avait promis à sa cour rennaise qu’il allait « gérer mon cas ». Dans sa bouche, cela avait des relents de purge.

Mais ce roquet de salon n’avait pas l’estomac pour m’affronter en face-à-face. Ce poltron demanda donc à son maître, Richard Ferrand, de faire le « sale boulot ». Un soir, mon téléphone vibra. Ferrand, d’une voix sèche et hautaine, exigea que je renonce à mon mandat pour la « dignité de l’institution ». Quelle indécence ! Lui, l’homme des Mutuelles de Bretagne, me parlait de morale. »

…/…

« Bachelier portait son hypocrisie comme une distinction honorifique. Chez lui, la condescendance n’était pas un travers, c’était une structure mentale. Il incarnait cette politique de l’entre-soi, cette caste de juristes lisses qui ne voient dans les quartiers populaires qu’une statistique de campagne ou un décor exotique pour leurs selfies. »

C’est quand même beau l’amitié.

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