Des saillies infondées
J’en ai assez des déclarations de Charles Compagnon qui relèvent davantage de l’enfumage que de l’analyse rigoureuse.
🔎 1. « 150 M€ pour l’incinérateur » : que dit réellement le rapport ?
Le rapport d’observations définitives de la Chambre régionale des comptes de Bretagne, publié le 27 septembre 2024, porte sur la gouvernance et la situation financière de Rennes Métropole.
Concernant le budget annexe d’élimination et de valorisation des déchets (pages 64 à 67), on lit ceci (page 66) :
« La chambre informe le lecteur d’une situation postérieure à l’instruction dont ni le présent rapport ni la contradiction dont il a fait l’objet n’ont pu tenir compte. »
Autrement dit, certains éléments évoqués publiquement sont postérieurs au contrôle.
S’agissant de la rénovation de l’Unité de Valorisation Énergétique (UVE) de Villejean (pages 66-67) :
Le montant de 150 M€ correspond à une estimation du dépassement du budget prévisionnel, évoquée par sa colistière Carole Gandon en Conseil métropolitain.
Il ne s’agit absolument pas d’un chiffre arrêté par la Chambre régionale des comptes.
💰 2. « 45 M€ de prêts non réclamés » : de quoi parle-t-on réellement ?
Le rapport ne mentionne pas 45 M€ de prêts « non réclamés ».
Il évoque uniquement la nécessité de requalifier 3 prêts en subventions amortissables, pour un montant total de 185 000 €.
Ces prêts résultent de 3 conventions de partenariat conclues il y a plus de vingt ans entre l’ancienne Communauté d’agglomération et l’Université.
Comme je l’ai indiqué ICI même, on est donc très loin des 45 millions d’euros annoncés.
📊 3. Le classement de l’Institut Montaigne
Il est exact que, dans une note publiée début février 2026 sur la « dérive globale des finances locales », l’Institut Montaigne indique que Rennes est passée de la 1ʳᵉ à la 9ᵉ place en dix ans.
Le rapport précise :
« En 2024, la situation financière de Rennes apparaît moins favorable qu’en 2019 et surtout qu’en 2014. La ville est au 9e rang sur 12 dans notre comparaison, avec une note de 5/10, sous la moyenne (5,6/10). Rennes n’est pas en décrochage immédiat, mais elle n’a plus la position de solidité qui faisait sa singularité il y a dix ans. »
Ce classement repose sur la pondération de notes accordées à sept critères (page 102) :
- Dette / capacité d’autofinancement (30 %) : 5,5
- Taux d’épargne de gestion (30 %) : 4,6
- Dépenses d’équipement par habitant (10 %) : 6,3
- Taux de rigidité des dépenses (10 %) : 2,3
- Pression fiscale (10 %) : 6,6
- Part des dépenses de transition écologique (5 %) : 5,5
- Dépendance aux dotations de l’État (5 %) : 2,9
Comme tout classement composite, le résultat dépend :
- du choix des critères,
- de la méthode de calcul des notes,
- et surtout de la pondération retenue.
Modifier ces paramètres peut modifier sensiblement, voire radicalement, le classement final.
À titre personnel, je ne me sens pas en mesure d’apprécier pleinement la pertinence méthodologique d’un tel classement, d’autant qu’il émane d’un think tank assumant ouvertement une orientation néolibérale.
Ce que je sais, c’est qu’il suffit de toucher au mode de calcul des notes ou de toucher à la pondération adoptée (par exemple en ce qui concerne l’indicateur d’allocation de la dépense à la transition écologique qui est calculé en pourcentage du budget total alloué aux investissements verts) pour modifier sensiblement, voire radicalement le classement.
