Dans toute sa splendeur

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Le sénateur d’Ille-et-Vilaine Jean-Louis Tourenne était l’invité « grand témoin » de l’émission « 7 jours en Bretagne » diffusée sur TVR, Tébéo, TébéSud samedi 5 octobre 2019, « pour nous parler de son ouvrage intitulé : Pour une politique de la petite enfance ».

Je précise que je ne reproche pas à Jean-Louis Tourenne une opinion que je peux en partie partager, MAIS…

Pourquoi avoir choisi d’écrire sur ce sujet en particulier ?

Nul ne sait s’il plaisante lorsqu’il répond du tac au tac : « Parce que c’est une obsession que je porte depuis des années et des années. J’en parle régulièrement à mon psychanalyste qui m’a dit qu’il n’y a rien à faire, il valait mieux écrire, me libérer, et essayer d’exorciser cette obsession ». 

On ne va pas chipoter les approximations.

« 150 ans, c’est le nombre d’années qu’il faut à un enfant né dans un milieu populaire pour accéder au salaire moyen : 5 générations »

Il s’appuie là sur un passage de son ouvrage, qui précise à 3 reprises que – selon l’OCDE – « Il faudrait en France 150 années » – soit cinq générations – pour qu’un descendant de famille pauvre atteigne le revenu moyen », alors que le rapport ici résumé atteste qu’en France c’est en réalité 6 générations, soit 180 ans (ce qui est objectivement pire) :

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Je ne reproche même pas à Jean-Louis Tourenne d’avoir assimilé à l’antenne le « milieu populaire » aux 10 % de familles (très) modestes dont il est question dans le rapport de l’OCDE, ce qui fausse largement l’appréciation que l’on peut avoir de la situation quand on sait que ce rapport concerne aussi la Chine, la Hongrie ou la Corée par exemple parmi une trentaine d’autres pays. Mais je ne peux manquer de m’interroger sur le sens et sur la portée que l’on peut rationnellement reconnaître à une statistique qui nous ramènerait 180 ans en arrière ou qui nous projetterait 180 ans en avant.

Peut-on laisser passer l’outrance ?

J’entends bien qu’il faille parfois choquer pour convaincre, mais – en s’appuyant cette fois sur une étude de l’UNICEF consacrée aux inégalités de bien-être entre les enfants des pays riches et des pays pauvres, qui a été publiée en 2016 – Jean-Louis Tourenne a-t-il eu bien raison de prétendre à l’antenne que « La France est le champion du monde pour le déterminisme social, c’est-à-dire qu’un petit grec, même dans la situation où ils sont, un petit danois, n’importe quel enfant de n’importe quel pays de l’OCDE a davantage de chances de sortir du milieu populaire dans lequel il est né qu’un petit français ».

Les paroles passent, mais les écrits restent : dans son ouvrage, Jean-Louis Tourenne en personne n’a d’ailleurs pas écrit autre chose que le fait que « la France figure dans le peloton de tête des pays où s’impose le déterminisme social » (ce qui est exact), la qualifiant ainsi de « vice-championne du Monde » en cédant à l’emphase. Qu’est-ce qui lui a pris tout d’un coup pour forcer encore le trait au risque de totalement se discréditer ?…

Où est-ce que l’on peut se procurer cet « ouvrage » ?

Sur le ton très condescendant dont il n’a jamais su se départir, Jean-Louis Tourenne a susurré du bout des lèvres :

« Je l’envoie, il est gratuit bien sûr et je l’envoie si on me le demande »

Merci, Seigneur, mais pourtant… n’exagérons rien.

Cet « ouvrage » n’est pas un livre, qui eut nécessité un dépôt auprès de l’AFNIL (Agence Francophone pour la Numérisation Internationale du Livre) pour attribution d’un ISBN (International Standard Book Number).

Il s’agit seulement d’une petit livret (146 x 210 mm) au format pdf, qui est téléchargeable sur son site personnel et qui, en l’état, n’est pas soumis au dépôt légal.

Disons clairement les choses : il ne s’agit que d’un document rédigé en qualité de sénateur, mis en page par une collaboratrice parlementaire, imprimé et diffusé par la Poste auprès de ceux qui le demandent… aux frais du contribuable.

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